Un overlay d'accessibilité rend-il votre site conforme ?
Un widget qui promet la conformité en une ligne de code est tentant. Voici ce qu'en disent AnySurfer, la Commission européenne et les organisations de personnes handicapées, et ce qu'il faut faire à la place.
En bref
- Un overlay est un outil ajouté à un site. Il promet de rendre le site accessible sans le corriger.
- Un overlay ne rend pas un site conforme. AnySurfer, la Commission européenne et des associations de personnes handicapées le disent.
- Il peut même gêner les personnes qui utilisent un lecteur d'écran.
- La bonne solution est de corriger le site lui-même.
Ce qu'est un overlay
Un overlay est un script ajouté au site. Il affiche un menu de réglages (taille du texte, contrastes, etc.) et prétend corriger automatiquement le code des pages. On parle aussi de surcouche d'accessibilité, ou de widget. Cette page vise la technique, pas une marque.
Ce qu'il ne corrige pas
AnySurfer, la référence belge de l'accessibilité numérique, est nette : « Une surcouche d'accessibilité n'améliore pas réellement l'accessibilité du site » et « Elles ne corrigent pas les problèmes d'accessibilité du site lui-même ».
La Commission européenne va dans le même sens. Elle écrit, en anglais (traduction de Complia) : « Les overlays, ou tout autre outil qui ne garantit pas que le site lui-même satisfait aux critères détaillés de la norme, ne sont pas une solution appropriée. » Elle ne dit pas que ces outils sont illégaux : elle les juge inappropriés. Et elle ajoute : « Il vaut mieux corriger les problèmes d'accessibilité à leur source. »
Le European Disability Forum et l'IAAP, association professionnelle de l'accessibilité, sont plus directs dans leur déclaration commune du 17 mai 2023 (traduction de Complia) : « Les overlays ne rendent pas le site web accessible ni conforme à la législation européenne sur l'accessibilité. » Ils ne constituent pas non plus une alternative acceptable à la correction du site lui-même, et l'accessibilité relève de la responsabilité du propriétaire du site.
Une lettre ouverte de praticiens, l'Overlay Fact Sheet, conclut de même qu'une conformité complète ne peut pas être atteinte avec un overlay. C'est un appui, pas une preuve : ce n'est pas une étude.
Les autorités allemandes de surveillance de l'accessibilité numérique nuancent sans se contredire : une surcouche peut servir à des réglages de confort qui vont au-delà des exigences, à condition d'être elle-même accessible et désactivable ; mais son usage « ne dispense pas les responsables de rendre leur site fondamentalement accessible » (traduction de Complia).
Une surcouche n'est donc pas une réponse suffisante à une exigence de conformité : le site lui-même reste à corriger.
Sources : AnySurfer, les outils de surcouche (nouvelle fenêtre) Commission européenne, Web accessibility (nouvelle fenêtre) European Disability Forum, déclaration commune (nouvelle fenêtre) Overlay Fact Sheet (nouvelle fenêtre) autorités de surveillance allemandes (BFIT-Bund, en allemand) (nouvelle fenêtre)
Les risques pour les utilisateurs de technologies d'assistance
Une surcouche peut aussi gêner ceux qu'elle prétend aider. AnySurfer écrit qu'elles « perturbent régulièrement le fonctionnement des technologies d'assistance, telles que les lecteurs d'écran ou les dispositifs de commande par contacteur ».
Le European Disability Forum et l'IAAP formulent le risque avec prudence (traduction de Complia) : la technologie « peut interférer avec la technologie d'assistance de l'utilisateur et passer outre ses réglages ». Il s'agit d'un risque, pas d'un effet systématique.
Une étude universitaire évaluée par les pairs, présentée à la conférence ASSETS en 2024, a interrogé des personnes aveugles ou malvoyantes. Selon le résumé de ses auteurs, jusqu'à 42 % des répondants ont cessé d'utiliser des sites équipés d'un overlay, le plus souvent parce que le site était devenu moins accessible qu'avant.
Un sondage de WebAIM, publié en mars 2021 auprès de 758 praticiens de l'accessibilité, va dans le même sens : 67 % d'entre eux jugent les overlays, plugins et widgets peu ou pas du tout efficaces. C'est l'opinion déclarée d'un échantillon de praticiens, ancienne de plusieurs années, et non la mesure d'une efficacité.
Sources : AnySurfer, les outils de surcouche (nouvelle fenêtre) European Disability Forum, déclaration commune (nouvelle fenêtre) WebAIM, enquête auprès des praticiens (nouvelle fenêtre) résumé de l'étude ASSETS 2024 (en anglais) (nouvelle fenêtre)
Ce que regarde un contrôle
En Belgique, l'Inspection économique du SPF Économie surveille le respect des exigences d'accessibilité des services de commerce électronique et des services bancaires aux consommateurs. Le contrôle porte sur le service lui-même, apprécié au regard de ces exigences : la norme européenne EN 301 549 intègre les critères des WCAG, que Complia audite en version 2.2 niveau AA. C'est ce service qui doit satisfaire aux exigences, avec ou sans widget.
Les sanctions possibles figurent sur la page L'European Accessibility Act en Belgique.
Sources : SPF Économie (nouvelle fenêtre) SPF Économie, cadre légal (nouvelle fenêtre) Commission européenne — évolution de la norme (nouvelle fenêtre)
Un précédent : la FTC et accessiBe
Aux États-Unis, l'éditeur accessiBe a accepté de payer 1 million de dollars pour clore les poursuites de la FTC, l'autorité américaine de protection des consommateurs, sans reconnaître ni contester les griefs. L'ordonnance est devenue définitive le 22 avril 2025.
Le grief portait sur l'affirmation qu'un outil rendrait n'importe quel site conforme aux WCAG, que la FTC jugeait fausse, trompeuse ou non étayée. C'est une affaire américaine de droit de la consommation, sans portée en droit belge : nous la citons comme illustration, et elle ne vise que cet éditeur.
Sources : FTC, ordonnance définitive du 22/04/2025 (nouvelle fenêtre) FTC, communiqué du 03/01/2025 (nouvelle fenêtre)
L'alternative : corriger le site
La Commission européenne le résume : corriger à la source. Concrètement :
- auditer le site, par des tests automatiques et une vérification manuelle, y compris au lecteur d'écran ;
- corriger les défauts dans le code, à la source ;
- vérifier que les corrections tiennent ;
- publier une déclaration d'accessibilité, datée et honnête.
Pour aller plus loin :
Sources : Commission européenne, Web accessibility (nouvelle fenêtre)
Où en est votre site ?
Le rapport express indique sous 48 h ouvrables si votre site présente des défauts d'accessibilité détectables et lesquels comptent le plus.